Crim'en Double
Chapitre 1
Sabine Maurin poussa la porte vitrée du journal « Chronique Périgourdine », situé dans la rue du 11 novembre 1918 à Bergerac. Elle y exerçait le métier de journaliste et assurait deux rubriques : « Autrefois… » et « De nos jours… ». Cette publication trimestrielle était exclusivement dédiée au département de la Dordogne. Son histoire, son patrimoine culturel et sa gastronomie méritaient d’être connus par tous les passionnés de belles contrées.
Le journal occupait, à temps plein, quatre journalistes qui sillonnaient la région et trois ouvriers qui se consacraient à l’impression du magazine.
L’équipe était très soudée et leur seule préoccupation était d’éditer un journal de qualité afin de lui assurer un succès constant.
Corinne, la standardiste, une plantureuse blonde aux yeux bleus pétillants et au parfum entêtant, l’accueillit avec un grand sourire. Elle répondait déjà aux nombreux appels qu’elle recevait toute la journée et lui adressa un petit signe de tête en guise de salut.
Sabine monta l’escalier en bois pour rejoindre son bureau, au premier étage d’un bâtiment qui en comptait deux, plus un sous-sol.
Elle releva les volets roulants en aluminium blanc et ouvrit les fenêtres qui donnaient sur la place de la République. Aménagée en parking, d’imposants platanes fournissaient, durant les périodes de chaleur, une ombre non négligeable aux nombreuses voitures stationnées et aux touristes en ballade.
Nicolas Magnol, propriétaire, directeur et rédacteur en chef du journal, fit irruption dans la pièce, après avoir lancé un « bonjour » enthousiaste, et lui tendit un gobelet de thé dans lequel flottait une rondelle de citron.
L’homme était grand, athlétique, portait bien la quarantaine, avec des cheveux châtains coupés en brosse et de grands yeux couleur café noir. Il était impressionnant au premier abord, mais gentil, généreux et amusant quand on le connaissait mieux.
- Tu avances dans tes recherches sur la Double ? demanda-t-il d’emblée.
- Doucement. Je prévois de me rendre sur place prendre quelques photos de l’abbaye d’Échourgnac et de la ferme du Parcot… Je ferai peut-être quelques interviews des habitants.
- Bien ! Et… tu auras le temps de tout faire… avant tes fiançailles ?
Nicolas hésita à finir sa phrase, mais Sabine comprit aussitôt. Il était un bourreau de travail, et rien ne comptait pour lui en dehors de son journal. Il y avait sacrifié sa vie de famille et ses amis.
- Ne t’inquiète pas ! J’ai presque un mois pour boucler mon article…
Nicolas s’appuya contre le bureau et observa la jeune femme sans rien dire, l’air satisfait. Son regard suivit la longue natte auburn, revint sur les lèvres gracieuses maquillées de rose pâle, remonta le long du nez fin, croisa les yeux noisette pailletés d’or.
- Quoi ? questionna Sabine avec impatience. Pourquoi me regardes-tu ainsi ?
- Tu es resplendissante ! Est-ce ton séduisant ami qui te rend si belle ?
- Peut-être… répondit-elle en souriant.
- Mais il est trop jeune ! lâcha-t-il dans un soupir. Tu devrais choisir un homme plus mûr… avec une grande expérience… quelqu’un d’attentionné qui saura te chérir…
- Et… tu aurais dans tes relations un homme aussi parfait ? se moqua-t-elle.
Nicolas s’approcha d’elle et fit mine de mettre un genou à terre.
- Mais tu l’as devant toi ! Épouse-moi, tu t’en rendras compte tout de suite !
Sabine éclata de rire devant cette déclaration théâtrale.
- Mais… tu es déjà marié…
Et comme il fronçait les sourcils, semblant ne pas comprendre :
- À ton journal ! reprit-elle. Allez ! Trêve de plaisanterie ! Tu ferais mieux de me laisser travailler si tu veux avoir mon article dans les temps ! Ouste ! Dehors ! lança-t-elle en le poussant vers la sortie.
- Tu as une façon de parler à ton employeur !
- Tu adores ça ! s’esclaffa Sabine.
Nicolas se retourna avant de passer la porte et lui adressa un clin d’œil complice.
Sabine éprouvait une grande tendresse pour Nicolas. Cela faisait six ans qu’elle travaillait avec lui. Il lui avait donné ses premières armes pour se faire un nom dans le journalisme, sans pour autant lui faire de cadeau, malgré les relations importantes de la jeune femme.
Le père de Sabine, Gabriel Maurin, était un homme d’affaires important et richissime. Il détenait une chaîne d’hôtels mondiale et déjeunait de temps en temps à l’Élysée. Sabine avait refusé l’aide de son père pour asseoir sa carrière. Elle voulait réussir seule ; cela avait pris du temps, mais elle y était arrivée. Elle avait eu dernièrement plusieurs propositions d’importants journaux parisiens, rémunération et avantages à la clé. Elle les avait toutes refusées, par fidélité pour Nicolas qui l’a poussé pourtant à accepter, et parce qu’elle n’avait ni envie de s’éloigner de sa famille, ni de quitter cette Dordogne qu’elle aimait tant.
Elle s’installa enfin à sa table de travail, encombrée d’épais dossiers colorés. Fruits de ses recherches personnelles depuis son adolescence, ils relataient toute l’histoire du Périgord : du paléolithique au néolithique, dont les présences humaines et animales avaient été révélées par les peintures rupestres découvertes dans les grottes des vallées de la Vézère et de la Dordogne, l’Antiquité qui vit la naissance de Vesunna, cité de la province romaine d’Aquitaine dont les vestiges sont encore visibles à Périgueux, le Moyen-âge, au cours duquel à la suite de l’union le 18 mai 1152, d’Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt, le duché d’Aquitaine devint anglais ; les comtes du Périgord n’eurent alors de cesse, de s’opposer à l’autorité étrangère.
Au fil des années, le comté passa successivement de la dépendance française à la dépendance anglaise. Il appartint définitivement à la France en 1454, après la bataille de Castillon.
Confisqué ensuite au comte du Périgord par le roi de France, le comté fut donné à la maison d’Orléans, puis vendu au comte de Penthièvre, puis à la famille d’Albret. Il fut enfin intégré aux biens royaux par Henri IV en 1607.
Des livres historiques et des photographies détaillant les vingt-cinq bastides et les mille châteaux du département, dont les constructions s’étalaient du Moyen-âge à la Révolution, remplissaient les étagères fixées au mur.
Sabine jeta un œil sur son éphéméride restée au mardi 2 juillet 2002. Elle tourna les pages jusqu’au 4 et relut ses annotations pour la journée : contacter Simon Bonnet un historien régional, appeler son amie Nina, préparer un sac pour le week-end au Cap Ferret avec Éric.
Elle alluma son ordinateur, sortit plusieurs chemises de son sac, puis se mit au travail. Elle parcourut les premières lignes de son article :

« UNE PRESTIGIEUSE FORET EN PÉRIGORD BLANC
La Double… Forêt baignée d’une lumière dorée et fabuleuse… Forêt qui se pare des plus belles couleurs à chaque changement de saison… Forêt mystérieuse qui inspire peintres et écrivains…
Cette vaste étendue de feuillus et de pins maritimes, parsemée de petits cours d’eau et d’étangs, favorise le développement d’une flore et d’une faune importante.
Cinquante mille hectares emprisonnés entre deux rivières, l’Isle au sud, la Dronne au nord, et qui a longtemps donné ses arbres aux artisans-tonneliers et charbonniers de la région.
Mais à la fin du XVIIIe siècle, les paysans mettent le feu aux bois afin de défricher des parcelles et ainsi faire paître leurs animaux.
Les landes envahissent alors la terre et les eaux de pluie ne sont plus absorbées. La Double devient un immense marécage rempli de moustiques et de nombreuses personnes meurent des fièvres.
En 1855, le Conseil d’Arrondissement de Ribérac et le Conseil Général commencent à discuter du bienfait d’assécher les marais de la Double. Les propriétaires opposent une certaine résistance, car les étangs pêchés tous les trois ans leur apportent un revenu annuel non négligeable.
Néanmoins, en 1859, les communes acceptent d’appliquer la loi du 11 septembre 1792, « qui rend obligatoire l’assèchement des étangs et nauves insalubres. »
Une commission, composée de médecins et d’agriculteurs, est nommée pour recenser les besoins de cette nature hostile. Leur rapport accuse les odeurs pestilentielles qui s’échappent des eaux stagnantes et les défrichements importants. Elle préconise l’assèchement des étangs, le reboisement, la construction de routes agricoles, afin de relancer l’économie locale et favoriser l’importation de calcaire, considéré comme « l’or blanc ».
En 1864, un comice agricole est créé à Échourgnac, commune située au centre des axes routiers Mussidan / La Roche Chalais et Ribérac / Sainte Foy la Grande. Son objectif est l’assainissement et le reboisement, mais promotionne également le progrès agricole.
En 1868, à la demande du comice, des moines trappistes de Mayenne s’installent à Échourgnac. Ils assèchent les étangs, drainent les terres et apportent une agriculture novatrice sur leur propriété considérée comme ferme-école.
La création de voies agricoles, liant entre elles des clairières verdoyantes, permet ainsi à la Double de s’ouvrir à l’évolution économique et moderne de la région.
Ces choix tactiques ont donné à cette contrée la possibilité de se développer rapidement : la population s’accroît, l’élevage s’intensifie, les modes de cultures sont perfectionnés et des expériences agricoles sont testées.
Dans les villages environnants, de nombreux vestiges tels que des ponts médiévaux ou des manoirs couverts de lauzes (pierres plates) témoignent d’une histoire locale intéressante.
La Ferme du Parcot, située entre Échourgnac et Saint André de Double, est une maison à balet (galerie en bois située tout le long de la façade), typique de l’architecture doubleaude du 19e siècle. Les colombages sont garnis d’un torchis composé de paille, de seigle, d’argile et d’eau. La grange, le four à pain, disposés près de l’étang, présentent un aspect parfait de construction traditionnelle. Depuis avril 1992, ces bâtiments sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
À Saint Laurent des Hommes, le même type de maison abrite les bureaux de la mairie.
Au lieu-dit Chambeaudie, l’habitation, la grange et la petite construction servant à l’époque de poulailler, sont particulièrement bien conservées.
À Saint André de Double, une petite église en gré roux, édifiée sur un talus, présente un clocher surmonté d’un toit à quatre pans à forte inclinaison.»
Concentrée sur son travail, elle sursauta lorsque la jeune stagiaire, Noémie, lui tendit le courrier. Sabine la remercia et décacheta aussitôt les enveloppes.
Elle trouva deux invitations, l’une pour l’Opéra de Mondoville en occitan à Montpon le 12 juillet, l’autre pour le concert de musique renaissance à Montazeau le 27 juillet, des publicités pour deux manifestations : l’une à Tocane Saint-Apre où le musée du costume « La mémoire des greniers » accueillerait les 13 et 14 juillet, les dentellières du Bournat, l’autre à Saint Michel de Montaigne, village portant le nom de l’un des deux grands humanistes du Périgord, l’autre étant Etienne de La Boétie, qui préparait un festival Montaigne du 5 au 11 août, avec une exposition sur « l’histoire du costume renaissance ». Journées durant lesquelles il y aurait également des lectures, des poèmes, des conférences, des farandoles, des jeux du XVIe, un repas gascon avec musiques et danses de l’époque. De grandes festivités en perspective !
Puis elle trouva des coupures de journaux relatant la disparition de jeunes filles sur la Dordogne et un carton d’invitation à ses fiançailles avec Éric le 28 juillet à Maurens. Il y avait également une carte manuscrite sur laquelle elle pouvait lire : « J’ai des révélations à vous faire sur ces filles. Retrouvez-moi dimanche à la Félibrée de Montpon devant l’église à 10 heures. Sophie Levasseur. »
Sabine resta perplexe. Qui était cette Sophie Levasseur ? Elle était sûre de n’avoir jamais rencontré, ni entendu parler de cette personne. Et que venait faire une invitation à ses fiançailles avec des histoires de filles disparues ? Elle trouva cette demande de rendez-vous vraiment hors du commun.
Déconcertée, elle récupéra le tout et se dirigea vers le bureau de Nicolas. Lorsqu’elle pénétra dans le sanctuaire du « grand patron », il était plongé dans une mise en page et ne l’avait pas entendu frapper.
- Désolée de te déranger, mais regarde ce que j’ai reçu au courrier ce matin ! Qu’est ce que tu en penses ? demanda-t-elle en lui tendant les différents documents.
Nicolas observa les coupures de journaux, le carton bleu à l’écriture dorée, le message, retourna l’enveloppe dans tous les sens.
- Tu la connais ?
- Absolument pas. Son nom ne me dit rien du tout.
- Mais peut-être qu’elle te connaît, répondit-il en insistant sur le « elle », qu’elle sait que tu es journaliste et que les révélations qu’elle a te faire sur ces filles pourraient t’intéresser.
- Elle a fait son envoi au journal ! Elle doit forcément savoir que nous ne traitons pas ce type d’article. Ce qui me gêne le plus, c’est cette invitation avec les coupures de journaux… Se pourrait-il qu’il existe un lien entre tout ça ?
- Là, tu as trop d’imagination ! En quoi Éric ou toi seriez-vous concernés par ces disparitions ? C’est insensé !
Sabine plissa le front en réfléchissant un moment à la question de Nicolas.
- Peut-être l’un de nos invités… En-tout-cas, lien ou pas, je rencontrerai cette femme dimanche, déclara-t-elle en récupérant les papiers.
- Sabine, je ne suis pas sûr que cela soit une bonne idée !
- Et c’est toi qui me dis ça ! Il n’y a pas si longtemps, tu aurais donné n’importe quoi pour des informations de ce genre.
- Je n’ai pas envie qu’il t’arrive quelque chose. Cela pourrait être dangereux. Ces filles ont pu être enlevées par un maniaque ! Qui sait ?
- Cette femme a fait appel à moi. Il y a forcément une raison et je la découvrirai ! Je te remercie de téléphoner à Pierre pour lui dire que je le remplacerai dimanche à la Félibrée, reprit-elle en récupérant les papiers.
Elle quitta la pièce, coupant court à toute protestation de son employeur. Nicolas, connaissant pertinemment l’entêtement de sa collaboratrice, préféra ne pas insister.
De retour dans son bureau, elle téléphona à Éric, eut son répondeur, et lui laissa un message annonçant que leur week-end au Cap Ferret était annulé.
Elle composa ensuite le numéro du commissariat de Bordeaux et demanda Baptiste Masson. Ils avaient suivi leurs études littéraires dans les mêmes établissements et malgré la divergence de leur vie professionnelle, ils étaient toujours restés en contact. Il leur arrivait quelquefois de déjeuner ensemble.
Au bout de quelques minutes d’attente, elle fut mise en communication avec l’inspecteur.
- Sabine ? Je suis heureux de t’entendre. Cela fait un bail !
- C’est vrai ! admit-elle. Tu as reçu mon invitation ?
- Oui, avant-hier. Et je serai ravi d’être présent.
- Tu viendras accompagné ?
- Non, malheureusement ! En ce moment, je passe 18 heures sur 24 au boulot.
- Je suis désolée de prendre encore sur le peu de liberté qu’il te reste, mais j’ai besoin de toi.
- Tu sais bien que j’ai toujours du temps pour toi !
- C’est gentil ! Tu peux me renseigner sur des jeunes filles qui auraient disparu en Dordogne au cours de ces derniers mois ?
- Vous avez créé une rubrique « Faits divers » dans ton journal ? plaisanta-t-il.
- Non ! Mais tu sais que je m’intéresse à tout ce qui se passe dans mon département.
Sabine préféra, dans l’immédiat, lui cacher son rendez-vous avec Sophie Levasseur. Un policier était toujours trop curieux. « Comme les journalistes, d’ailleurs ! » pensa-t-elle amusée.
- Je vais voir ce que je peux faire. Je te rappelle au journal ?
- Oui ! À tout à l’heure !
Sabine raccrocha. Elle savait que Baptiste ne pouvait pas lui fournir toutes les informations souhaitées, mais il avait confiance en elle et s’arrangeait pour satisfaire ses demandes aussi insolites soient-elles.
En attendant, la jeune femme se remit au travail.
« À Échourgnac, l’Abbaye de Notre Dame de Bonne Espérance, fondée en 1868 par des moines de l’ordre cistercien, reçoit régulièrement des personnes qui profitent de la quiétude des lieux, lors de courts séjours. Une boutique vend différents produits, dont un fromage « La Trappe », fabriqué par les sœurs.
Enfin, au cœur de la Double, les étangs de La Jemaye, bassins artificiels creusés au Moyen-Age par des religieux, offrent baignades et randonnées pédestres, parmi une multitude d’oiseaux et de petits écureuils.
Sillonner la Double… c’est s’émerveiller devant une brume qui s’élève au-dessus d’un étang… c’est être ébloui par un rayon de soleil qui perce la forêt, telle une lance divine… c’est avoir l’impression de revenir aux sources de l’humanité... et de retrouver ses racines.
Sabine MAURIN.»
La sonnerie du téléphone retentit à nouveau. C’était Éric.
- J’ai eu ton message. Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il ennuyé.
- Je ne peux pas partir ce week-end !
- Tu plaisantes ? J’ai tout préparé pour que nous passions deux jours idylliques.
- Je suis désolée, Éric. J’assure la Félibrée et je dois rencontrer quelqu’un à dix heures.
- Comment s’appelle-t-il ?
Le ton était suspicieux. Il était jaloux et Sabine voulut le rassurer.
- J’ai rendez-vous avec une jeune femme qui s’appelle Sophie Levasseur.
Il y eut un long silence qui étonna Sabine.
- Éric ?
- Oui, répondit-il hésitant. Excuse-moi ! Ma secrétaire me portait un courrier à signer. Qui est cette femme ? reprit-il.
- Je ne la connais pas ! Elle dit avoir certaines révélations à me faire.
- Des révélations ? Sur quoi ?
- Il semblerait qu’elle veuille me faire des confidences sur la disparition de jeunes femmes en Dordogne.
- Quel est l’intérêt pour ton journal ? C’est bizarre comme requête. Tu devrais te méfier. C’est peut-être une folle. Elle pourrait être dangereuse.
- Éric ! Nous serons à la Félibrée et il y aura beaucoup de monde ! Je ne risque absolument rien !
- Sois prudente quand même ! On se voit demain ?
- Je ne sais pas encore… Ah ! J’allais oublier ! Aurais-tu donné une invitation à quelqu’un que tu n’aurais pas rajoutée sur la liste ? demanda-t-elle sur ton volontairement détaché.
- Je te rappelle que nous les avons toutes préparées ensemble. Pourquoi cette question ?
- J’ai cru qu’il en manquait… mais j’ai probablement dû me tromper en les recomptant. Bye !
À peine avait-elle raccroché, que le téléphone se manifesta une nouvelle fois.
- J’ai contacté mes collèges, lui annonça Baptiste Masson, mais je n’ai pas grand-chose comme infos. Il y a eu trois disparitions : Chloé Blondel à Sarlat en mai, Émilie Legay et Alexandra Fargeot à Périgueux au mois de juin. Ils ont d’abord pensé à une fugue amoureuse, car les filles avaient toutes rencontré un type brun, la quarantaine. Mais personne ne les a revues, ni eues de leurs nouvelles.
- La piste de l’homme est exploitable ?
- La description est courante : homme de taille moyenne, mince, brun, cheveux coupés courts. Ils ont un prénom Adrien et Ady qui pourrait être son diminutif. Ils ont visité les boîtes de nuit, les bars, les restaurants, tous les lieux à la mode. Quelques personnes se rappellent les avoir croisés à différents endroits, mais leurs souvenirs ne sont pas assez précis. Rien n’a été trouvé chez ces filles qui pourrait aider les enquêteurs.
- C’est incroyable ! Il doit bien y avoir quelque chose qui leur a échappé ! Des filles ne peuvent pas disparaître comme ça en claquant des doigts ! Tu penses à quoi ? Un maniaque sexuel ?
- Non ! C’est trop parfait ! Je pencherai plutôt pour un réseau de prostitution. De plus, les filles sont vraiment très belles et crois-moi, elles n’ont pas été choisies au hasard.
- Je suppose que tu ne peux pas me faxer les infos récupérées par tes collègues ?
- Non ! Impossible de faire sortir quoi que ce soit des dossiers.
- Ok ! Je vais me débrouiller avec les archives des quotidiens régionaux.
- Tu parais bien intéressée par ces disparitions ! Qu’est ce que tu cherches exactement ?
- Je ne peux pas t’expliquer pour l’instant.
- Je te reconnais bien là. Comme au lycée ! Tu t’arranges toujours pour ne pas répondre à mes questions.
- Mais non ! D’ailleurs, dès que j’aurai une info, je t’en ferai part. Promis !
Sabine consulta sa montre, il était presque dix-sept heures trente.
- Je dois partir, Baptiste, reprit-elle. Je te rappelle très vite. Salut !
Elle ramassa ses dossiers, les rangea dans sa sacoche et descendit les escaliers quatre à quatre.
En passant devant Corinne, elle lança :
- Si tu as besoin de me joindre demain, appelle-moi sur le portable. Je ne reviendrai pas au journal. Bon week-end !
- À toi aussi ! répondit Corinne en faisant un geste amical de la main.